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You • Couldn't • Ever • Fall • Lower


 
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 Oublier, juste une fois

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MessageSujet: Oublier, juste une fois   Sam 5 Juil - 14:03

    Cela faisait un moment qu’elle n’était plus sortie pour faire autre chose que des missions. Les enchaînant les unes après les autres, elle en oubliait presque de se soulager de ce faix qui pesait sur ses épaules. Toujours en quête de vérité et de liberté, elle explorait songeusement les environs en se baladant dans Tokyo-II entre deux missions, qui lui avaient été soumises incessamment sous peu. Refusant d’accepter son rôle de tueuse pour l’instant présent, elle se laissa guider par son instinct, celui qui se plaçait à la recherche du passé, constatant avec calamité le présent. La frêle silhouette de la jeune femme continuait de s’amaigrir à cette époque où les temps étaient rudes, où la vie se faisait caduque et où la confiance des gens se trouvait étriquée en tout point. On se fixait en chien de faïence parce qu’on se doutait bien que son vis à vis devait faire partie de la mafia, et nous saignerait comme un porc parce que nous ne sommes que des vermines dans ce bas monde. Des vermines inutiles qui tentaient vainement de subsister, perdurant dans la souffrance et le besoin, hurlant silencieusement leur détresse à peine entendue par une Terre en pleine apocalypse. Tokyo n’était plus qu’un amas de ruines, un ectoplasme gigantesque, unr ville fantôme qui par ses arbres artificiels essayait de sauver les apparences. Mais à quoi bon ?

    A quel prix continuerait-on de se battre contre un gouvernement qui n’avait cure des anxiétés de sa population ? Comment vivre sempiternellement aux côtés de personnes aussi tordues et lamentées que les vampires, anciens aristocrates plongeant dans la folie ? Sans oublier les loups-garous, ces monstres comme venus de l’au-delà pour se nourrir de chair et de sang…

    Tous ces petits facteurs accumulés empêchaient Laïla de réfléchir calmement, en silence. Elle sentait que son rythme cardiaque faiblissait, il perdait petit à petit de sa cadence. Non parce qu’elle s’apprêtait à succomber pour une quelconque raison, et heureusement pour elle, mais parce qu’aucune motivation ne l’entraînait à se jeter à corps perdu dans les quêtes qu’on lui demandait d’accomplir. Elle travaillait pour les autres, se donnait à fond pour les autres, et en revanche à part de l’argent et des éloges, que lui donnait-on si ce n’était plus de reconnaissance et de considération ? Allez savoir. Tous ces bons sentiments ne lui apportaient plus rien, si ce n’était de la monotonie et de l’appréhension pour le futur à venir. Elle se faisait du souci pour elle et pour tous ces gens qu’elle voyait mourir de faim, mais qu’elle ne pouvait pas aider car elle se trouvait en difficulté, tout comme eux. Ses salaires continuaient d’entrer les uns après les autres, mais étaient maigres puisque parfois, la mafia ne payait pas cher pour des ouvrages aussi importants. Mais heureusement, les acceptant tous du tac au tac, elle parvenait à se nourrir et allait dans le peu de commerces opérationnels pour s’approvisionner.

    Pour l’heure, ses pensées n’étaient nullement concentrées sur sa profession. Bien au contraire. Elle avait abandonné sa tenue de prostituée infiltrée, pour se munir de vêtements larges et chauds, peu féminins mais au moins efficaces, pour cacher l’ensemble de sa féminité. Sa chevelure raide relâchée, cette dernière avait cessé d’onduler spontanément, preuve que l’humidité se faisait moins fréquente. Et la beauté froide du visage de Laïla surprenait toujours, bien qu’il périssait petit à petit. Ce visage, il ne souriait plus, ce visage se durcissait et il parcourait d’un air hagard ce qui ressemblait à un parc. A un parc artificiel avec des arbres plus vrais que nature, et qui deux pas plus loin, ressemblaient à de ridicules figurines pour Playmobil. La tueuse à gages s’en approcha, espérant trouver un peu de réconfort en ces lieux faux et empoisonnés par l’artifice. Elle se souvint du peu de choses qu’elle avait vécu ces derniers temps, en s’asseyant dans l’herbe dure, plus dure que celle qui aurait été parfaitement tondue en ces temps-là. Des époques lointaines, révolues, que plus personne ne connaîtrait à moins d’être Dieu et de pouvoir modifier la face du monde. Si une personne comme cela pouvait exister, Laïla la supplierait de faire en sorte que tout redevienne comme avant. Même si elle n’avait jamais connu la Tokyo précédente, elle se doutait bien que l’existence de sa population devait être plus rose que celle vécue actuellement. Les habitudes devaient être différentes, et les coutumes n’auraient pas disparu. La convivialité serait au rendez-vous, et chacun trouverait chez l’autre un air de famille qui le pousserait à se lier d’amitié avec ce dernier.


    « Ceci n’est qu’une perte de temps. »

    Elle se releva brusquement, crispée et excédée. Elle se retourna, mais se retrouva nez à nez avec une silhouette un peu plus avantageuse que la sienne, au visage inconnu puisqu’encore voilé par un semblant d’ombre. Déglutissant, la tueuse à gages reprit finalement ses esprits ainsi que son monologue :

    « N’est-ce pas qu’il est inutile de se lamenter sur le passé, alors qu’il faut se consacrer au présent et anticiper le futur ? »

    Fixant obstinément l’inconnu qui devait la prendre pour une folle ou une droguée en bad trip, elle ne le lâcha pas de son regard azuréen. En réalité, elle essayait de s’accrocher à quelque chose. Une chose qui la rassurerait et lui ferait oublier le monde dans lequel elle vivait. C’était tout ce dont elle avait besoin. Juste une fois, un havre de paix, un paradis artificiel, une échappatoire. Pour oublier.


Dernière édition par Laïla le Mer 9 Juil - 20:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Oublier, juste une fois   Mer 9 Juil - 18:45

[Il me semble que c'est toujours libre ? Je pouvais répondre ? ]

Ici, l'air est toujours vicié. Ici, l'eau est imbuvable sans traitement. Ici, l'herbe refuse de pousser. Ici, l'Enfer, c'est les autres. Ici, la vie ne vaut rien. Ici, on survit. Ici, on sauve sa peau en sauvant son prochain sans pitié. Ici, on ne survit que par l'exploitation des vices humains. Ici, on est jamais qu'un monstre. Ici, il n'y a que des monstres. Il n'y a jamais rien d'autres. Des monstres, des morts, et de la cruauté à ne plus savoir qu'en faire. Tout est pourri en ce monde. Vicié. Atrophié. Tout sous cette couche de verre qui entoure ce qu'il reste de visible du monde. Il est beau le monde.

Non. Il est horrible. Tellement horrible qu'on se demande pourquoi on y reste. Pourquoi on se fait pas sauté la cervelle avec un des nombreux flingues qui traîne ? Hein ? Franchement pourquoi ? Sans doute à cause de l'Espoir. L'Espoir. Ce sale Espoir qui vous prend aux tripes au réveil et qui ne vous lâche pas au coucher, ni même quand vous dormez. Vous rêvez qu'il y a autre chose que cette chienne de vie, qu'il y a quelque chose de mieux ailleurs, qu'on va venir ici. Qu'on va finir par changer les choses. On ? Qui est ce "on" ? Vous n'en savez rien, mais ce "on" viendra. Vous ne pensez en aucun cas que ça puisse devenir pire. Non, on est déjà au plus bas. Il y a toujours pire, et c'est quand on s'en aperçoit que l'espoir s'effiloche comme un fil de laine qui moisit dehors.

L'Espoir l'avait quitté. Depuis plusieurs jours déjà. Coquelicot ne croyait plus en l'avenir. Plus depuis qu'il savait que depuis le début Sakura éprouvait le même amour que lui, plus depuis qu'il savait que dans quelques mois cette "idylle" prendrait fin à cause de sa maladie et qu'il entraînerait Sakura dans sa mort. Il ne pouvait plus croire. L'Avenir n'existe pas. Autrement il y aurait eu autre chose. Tout ne se passerait pas comme ça. Il y aurait autre chose… Il y aurait une sortie, une échappatoire à ce monde mort d'avance. Il y avait trop de choses d'un coup qui n'allait pas.

Ses pas étaient lents. L'étrange vent qui règne agité ses cheveux. Sa tête était baissée. Il venait d'exercer son métier. Il venait de tuer quelqu'un. L'argent l'attendra dans sa boîte aux lettres. Ou on viendrait le lui donner en main propre. Qu'importait. De l'argent, pour quoi faire ? Pour manger, boire. Toutes ces basses obligations qu'impose l'organisme, que du matérialisme. Cela ne lui servait plus à rien. Même en mangeant, en buvant mieux que tous les autres, il crèverait. Il se fanait. Il le savait. Il pourrissait de l'intérieur. Sans pouvoir rien faire. Aucun médecin, aucun remède ici bas, bien sûr.

Il arriva au parc. Enfin au "parc". Du plastique imitant passablement la réalité. Mais vous pourrez toujours chercher l'odeur boisée, celle de l'herbe foulée ou celle des fleurs. Vous ne la trouverez pas. Juste celle du plastique usé. Mais il aimait ce lieu. Sa vie avait commencé ici. Il ne se souvenait plus de ce qu'il y avait eu avant. Il se demandait parfois s'il voulait le savoir. Non. Il préférait n'être que Coquelicot, la petite fleur sauvage et égarée. Il ne voulait pas avoir ce passé glauque qu'on tous les enfants des rues. Il ne voulait pas se souvenir.

Il marchait sans savoir où il allait. Si comme toujours, il irait au même endroit. Celui où ces pas le ramenaient. Là où il était né. Mais il fut arrêté. Oui. Il rencontra quelqu'un. Ou plutôt quelqu'un le rencontra. Il eut à peine le temps de relever la tête qu'on lui parlait. Hm ? Il écouta. Poliment. Comme toujours. Il écoutait toujours, même ceux qu'il devait tuer. Souvent, ils ne disaient rien qui vaille d'écouter, mais c'était un principe. Là, il eut plus l'impression de voir son alter ego.

"Vous avez raison pour ce qui est du passé…"murmura-t-il doucement.

Sa gore lui brûla rien que de parler. Il toussa. Une forte quinte de toux. Habituelle pour lui. Très fréquente. Quelques gouttes de sang dans sa main. La toux s'arrête, il regarde ses mains, son sang se mêle à celui de sa dernière victime. Il rit. Un rire doux et cristallin.

"Mais ici, il n'y a ni présent ni futur mademoiselle."rit-il.

Il riait de lui, d'elle, d'eux. De tous ceux qui vivent à Tokyo II. Penser au futur. Quel futur ? Quel présent pour eux ?

"Et puis… Je n'ai pas non plus de passé personnellement, vous ne vous êtes pas adressé à la bonne personne." Acheva la fleur avec un sourire.
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MessageSujet: Re: Oublier, juste une fois   Mer 9 Juil - 20:54

    [Oh que oui que tu pouvais répondre! Tu es le bienvenu =3]

    Laïla n’avait fait aucune distinction par rapport à la personne à qui elle avait adressé ces quelques paroles. Elle ne voulait pas que l’on décline une quelconque identité, seulement qu’on lui réponde. Et on lui répondit, certes avec badinerie, mais elle avait la réponse à sa question. Car comme le disait si bien cet étrange inconnu, il n’y avait aucun futur, aucun avenir à partir du moment où aucune issue digne de ce nom ne se trouvait à portée de mains. Plus aucun espoir ne brillait dans ce regard qui souriait, celui d’un individu qui, contrairement à la tueuse à gages, partait déjà battu. Le cœur peut-être déjà en sang, à en juger par l’hémoglobine qui s’écoula dans la paume de sa main.

    Une simple quinte de toux suffit à essuyer ce vide qui plongeait la demoiselle dans des pensées glauques et sans fin. Cela attira son attention. Mais elle n’y répondit pas, trop préoccupée par les réponses de son interlocuteur. Elle baissa honteusement ses yeux océaniques, consciente de la bizarrerie de la scène, de ses circonstances étranges et du lieu qui l’introduisait. Le parc était à lui seul un tombeau, puisque dénué de tout réalisme. Quelques pas plus tard, lorsqu’elle fausserait compagnie à ce parfait inconnu, elle referait connaissance avec des buildings délabrés, des personnes vivant dans des conditions inacceptables.

    Et elle, comment faisait-elle pour vivre ? Elle tuait, volait des vies pour le plaisir des uns et le malheur des autres. Elle était payée richement après son acte, et la méthode qu’elle employait était aussi hypocrite que de parler sur le dos d’autrui.

    Si l’Espoir avait quitté le parfait inconnu, il continuait de luire dans les mirettes de la tueuse. Elle était consciente de l’absurdité de ses sentiments, mais que ferait-on si tout le monde réagissait ainsi, sans rien ni personne à quoi s’accrocher, pour pouvoir survivre ? Dans sa solitude, elle gardait espoir, elle préservait ses forces, économisait plus d’un moyen pour s’en sortir. Et lui, arrivé comme un cheveu sur la soupe, abordé impoliment par Laïla, se retrouvait là à lui dire qu’il n’y avait plus rien. Même pas une once de futur ? Elle eut peine à y croire, et fut brisée dans ses illusions. Elle tombait littéralement des nues, était contrainte de changer sa vision du monde pour ne pas sombrer dans l’impuissance. Peut-être que la fleur que voici n’avait pas tort, et que sa seule raison d’être maintenant, ne valait plus rien aux yeux de personne. Mais comment pouvait-on vivre sans passé ? Sans vécu dans lequel piocher des leçons qui nous aideraient à trouver un futur ? Pourquoi tant d’indifférence face à cela ? Etait-elle la seule à y accorder de l’importance ?


    « Si vous n’avez aucun passé, que faites-vous ici ? »

    Dans sa tête, Laïla ne trouvait pas logique que l’on puisse prétendre n’avoir aucun passé. A moins d’être né il y a moins de vingt-quatre heures, on possède tous un vécu, tous un passé qui nous aura amené vers l’être que nous sommes actuellement. On est pas ce que l’on est par hasard, on ne l’est pas devenu par l’action du saint esprit, mais parce que quelque chose s’est produit bien avant. Laïla n’aurait jamais été une tueuse à gages si elle n’avait pas rencontré sur son chemin, cet homme qui comptait pour elle et qui lui fut lâchement enlevé. Cependant, si on ne le lui avait pas ôté, peut-être serait-elle restée éternellement dans son mutisme, à renier le monde entier parce qu’elle ne savait pas qui l’avait engendrée. Peut-être bien que sans son Maître, tout ce serait passé autrement. Elle aurait pu être recueillie par un proxénète qui aurait vendu chèrement son corps, au profit de clients immondes ?! Peut-être aurait-elle dû vivre par elle-même sans un sous, obligée de perdurer dans des conditions déplorables ? Hé bien non, au lieu de cela, elle avait acquis un destin tout ce qu’il y avait de plus chanceux. Car certes, elle exerçait une profession ignoble, mais elle gagnait son pain et elle trouvait cela injuste par rapport aux autres.

    Hormis sa mentalité de bonne samaritaine, la fleur que voici lui annonça qu’elle ne s’adressait pas à la bonne personne. Elle semblait se moquer éperdument de Laila, à travers qui elle devait apercevoir toute la stupidité du peuple, croyant encore en un espoir désormais perdu. Comme il devait s’esclaffer, riant d’elle comme ce n’était pas permis, la toisant de haut et jugeant meilleur de ne croire en rien pour pouvoir avancer. Quoique…avait-il pour projet d’avancer ? Ou était-il en sursis ?


    « Et puis si rien ne vous motive, je me demande comment est-ce que vous avancez. Comment est-ce que vous progressez, et surtout comment vous pouvez encore être ici, sur cette terre. Car si vous n’avez plus rien à accomplir ici bas, vous n’avez pas besoin d’être en vie. Pourtant, je suis en train de vous parler, et bien que vous me paraissiez faible, si je peux me permettre, vous êtes encore bel et bien vivant. Il doit bien y avoir quelque chose qui vous rattache à ce fichu dôme...»

    Une corde sensible ? Peut-être bien. Elle était comme un funambule essayant de ne pas perdre l’équilibre sur un fil à deux doigts de se rompre.
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MessageSujet: Re: Oublier, juste une fois   Lun 14 Juil - 14:05

C'était faux. Coquelicot ne partait pas vaincu d'avance. Il ne se sentait pas encore vaincu. Mais pour dire vrai, les événements faisaient que l'espoir qui l'avait toujours habité depuis longtemps s'effilochait, se désagrégeait sous les pluies acides. Il n'était pas battu, il était en mauvaise posture. Beaucoup de choses étaient contre lui. Beaucoup trop de choses. Il avait eu une bonne main au premier tour, et il n'avait pas su l'utilisait comme il fallait, il n'avait pas su profiter, il n'avait pas su ouvrir les yeux. Et maintenant, les cartes qu'il avait en main n'étaient plus aussi bonnes, aussi parfaites par rapport à la conjecture de ce monde. Sa maladie était sans doute la plus mauvaise. C'était la carte dissimulée du début, celle qui ne sa révèle que bien plus tard, qui est face cachée pour les besoins du jeu.

Mais son sourire restait, toujours, un sourire qui n'était jamais moqueur malgré ce qu'on pourrait croire. Malgré les apparences. Après tout, de nos jours, elles sont très trompeuses. Il ne se moquait pas, pourquoi rire d'un malheur qui s'immisce partout, créant des monstres, des drames et surtout des gens désespérément accrochés à la vie. Des gens qui le suppliaient quand le canon de son arme se pointait vers eux, qui gémissaient jusqu'au dernier soupir, demandant pourquoi, pourquoi, toujours "pourquoi moi". Pourquoi pas ? Coquelicot s'était habitué à ses murmures, à ses supplications, on s'habitue à tout. Mais elles le remuaient toujours. Ferait-il pareil quand son heure sera venue ? Non. Bien sûr que non. Il remercierait plutôt celui qui lui ouvrirait une porte. Une sortie pour s'échapper de ce monde.

Il écouta la demoiselle. C'était la moindre des choses. Et puis, ses paroles lui apporteraient sans doute quelque chose. Oui, il avait ce pressentiment, que d'être venu ici, aujourd'hui, aurait un impact sur lui. Peut-être se faisait-il des idées, sans doute. Que faisait-il ici ? Bonne question. Il n'en savait rien.

"Je reviens toujours ici. Je suis né ici. Du coup, j'ai l'impression qu'en venant ici, je saurai d'où je viens, un jour. "murmura-t-il.

Pourtant, même en revenant, jour après jour, sa mémoire ne s'était jamais éclairé. Laissant un flou opaque sur ses origines. Un flou dérangeant, déstabilisant. Ne dévoilant rien de ce qui avait précédé. Peut-être avait-il était de ces enfants qui font les trottoirs sous la surveillance d'un proxénète. Peut-être était-il en enfant de mafieux. Peut-être était-il une personne normale. Peut-être s'était-il nourri comme les loups garous. Peut-être oui. C'était peut-être pour cela qu'il le terrorisait, ces hommes bêtes.

Il écouta encore. Ses yeux se froncèrent légèrement. Avançait-il ? Progressait-il ? Certes, il tuait de mieux en mieux, avec de moins en moins d'effort. Certes, il ne se perdait jamais, mais il n'avançait pas pour autant dans la vie. Il était une sorte de passager clandestin qui ne faisait qu'aller là où la vie le conduisait, sans jamais réellement tenter sa chance quand le train fait un arrêt. Peut-être avait-elle raison. Il n'avait plus besoin d'être en vie. Pour lui seul, il n'en avait plus besoin. Il aurait été seul qu'il se serait depuis longtemps laissait partir. Mais voilà, il n'est pas seul. Il s'assit doucement par terre, il sentait que la conversation allait s'étirer dans le temps.


"Pour moi, je n'ai plus aucun besoin d'être en vie. Je suis arrivé au bout de la route, je sais que je ne pourrai pas sortir vivant d'ici. Mais… Je reste en vie, car, il y a quelqu'un ici, qui m'a recueilli, et qui se donnerait la mort si je partais. Et ça, je le refuse. Même si la vie ne vaut plus rien ici, je sais que lui fait des efforts, qu'il espère toujours, du moins je crois, et… Je ne veux pas qu'il me suive dans la mort. Je ne veux pas être un poids pour lui. C'est tout. Il faut peu de choses pour maintenir quelqu'un en vie n'est-ce pas ?"

Sa voix était douce. Posée. Calme. Le genre de voix que l'on entend rarement sous le dôme. Coquelicot le sait, il fait parti des gens qui ne durent pas longtemps ici. Des gens trop fragiles. Des gens trop rêveurs. De ceux qui pourraient réinventer le monde sous ce dôme mais qui après mille rêves se rendent finalement compte qu'un rêve reste à jamais un rêve et que plus les rêves sont précis, plus le réveil est dur. Se réveiller et sentir le sang sur ses doigts. Le sang d'une autre personne qui ne demandait elle aussi qu'à vivre, qu'à espérer.

"La vie tient à si peu de choses… C'est tellement étrange, de voir que ça ne tient qu'à un souffle, qu'à un battement de cœur, qu'à un petit espoir. Et qu'en enlevant un de ces trois facteur, la vie s'enfuit. Vous avez déjà tué quelqu'un, mademoiselle ?"demanda-t-il sereinement, comme on pourrait parler de la pluie et du beau temps.
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